Rodilhan, le procès

Le procès des lyncheurs de Rodilhan s’est enfin tenu après plus de quatre ans de procédure à Nîmes les 14 et 15 janvier 2016. Son déroulement a été une divine surprise pour les anticorrida. En effet, aussi bien le juge Jean-Pierre Bandiera que le procureur Alexandre Rossi ont mené le déroulement de l’audience avec une fermeté à l’égard des agresseurs comme plus personne n’en rêvait dans nos rangs. A tout moment, si un prévenu tentait de justifier ses actes de violence par quelque prétexte que ce soit (« culture », « tradition », « provocation », « piège médiatique », « énervement », etc.), il se faisait sèchement recadrer par un rappel au droit le plus élémentaire : aucun citoyen n’a le droit de frapper un autre, quelles que soient les circonstances. La piste était occupée par des militants assis en rond ? Il suffisait d’attendre que les forces de l’ordre interviennent pour la dégager. Personne n’avait le droit de le faire à leur place. Personne et en aucun cas. Ce procès, cela a été dit et répété, n’était pas celui de la corrida, mais celui de violences commises en réunion. Suite sur le site du CRAC

 

Il a été requis contre les agresseurs des franc-comtoises agressées à Rodilhan, 10 mois de prison avec sursis et 1500 euros d'amende

 

Revue de presse

Rodilhan, un événement exceptionnel

Photo Jean-Marc Montegnies
Photo Jean-Marc Montegnies

 

  

A Rodilhan, petite commune du Gard,

a eu lieu le samedi 8 octobre 2011 un événement tout à fait exceptionnel. 

 

Exceptionnel par l’action qu’ont menée des militants de la cause animale : 94 hommes et femmes sautent dans l’arène où doit avoir lieu la finale de « graines de torero », concours de corridas où des apprentis toreros tentent de mettre à mort de jeunes veaux.

Exceptionnel  par la violence qui s’est déchaînée : les aficionados, ivres de rage et de pastis, se ruent sur les militants enchaînés dans l’arène, sur les militants infiltrés dans les gradins et frappent sans relâche et sans retenue, sous les regards d'un sénateur, d’un député, d’un maire…

Exceptionnel  encore par le retentissement qu’aura l’action, qui met sous le feu des projecteurs la cause anticorrida et donne le signal de départ à une vague de manifestations qui feront d'autres blessés (Rion des Landes, Maubourget..) et continuent encore aujourd’hui.

 

 

 

  

Témoignage                                           Rodilhan 2011, au cœur de l'action



 

Samedi 8 octobre 2011, 5 heures du matin, 

Je rejoins Mathilde, Sandra, Aurélie et Ghania, comme moi militantes de la cause animale, pour un covoiturage Besançon-Nîmes, puis Rodilhan. 

Dans ce petit village se déroule en effet ce samedi la finale de « graines de torero », une corrida où des pré adolescents tentent tant bien que mal de mettre à mort de jeunes veaux après quelques pas d’une danse macabre et ridicule.

A Nîmes nous sommes 94 militants, les consignes sont données, l’action s’organise rapidement. Un groupe est chargé de déployer des banderoles dans les gradins, ceci pour fixer l’attention des aficionados, pendant que l’autre groupe saute dans l’arène, les participants s’enchaînant les uns aux autres pour empêcher le déroulement de ce spectacle d’un autre âge.

A 16 heures, nous entrons dans les lieux, deux par deux, couples fictifs habillés de façon neutre, munis de billets préalablement retirés sans difficulté : la novillada est gratuite mais n’attire manifestement pas la grande foule. Nous avons tous un gros nœud au creux du ventre, nous sachant en terrain très hostile, les organisateurs nous ont briefés sur le « milieu » adverse, pas franchement pacifique avec les anticorridas. Nous nous attendons à être bousculés et revenir avec quelques bleus, mais la gendarmerie est censée intervenir rapidement, c’est du moins l’usage en pareille circonstance.

 

Le lynchage

Mathilde et moi faisons partie du groupe infiltré dans les gradins. Les spectateurs sont bien installés sur leurs sièges, nous entendons vaguement la fanfare qui joue, guettant le coup de sifflet qui va lancer l’action. Il retentit enfin, nous sommes trente à déployer nos banderoles « corrida = torture », « corrida = barbarie », qui ne plaisent pas du tout du tout aux aficionados. Ils se ruent sur nous brutalement pour nous arracher les banderoles, les coups arrivent très vite, violents et sans sommations.  Pas de discussion, ils frappent et fort !

Profitant de la stupéfaction et des regards concentrés sur les gradins, cinquante militants sautent les barrières et courent s’enchaîner les uns aux autres, en cercle au centre de l’arène. Aurélie, Sandra et Ghania sont parmi eux. Au départ les aficionados, organisateurs ou spectateurs, hésitent, ils tournent autour du cercle, indécis et furieux, de plus en plus furieux….L’un met en route une lance à incendie et arrose les militants, ce sera le signal : la violence se déchaîne. Les coups de pieds et de poings vont pleuvoir pendant 15 minutes sur les anticorridas, filles et garçons, assis sur le sable, qui ne répliquent pas, ne répondent pas aux insultes ni aux crachats. Ceci sous les yeux des élus, le sénateur maire de Nîmes (UMP), le député local, le maire, et de la police municipale debout les bras croisés dans l’arène. Dans les gradins, les coups arrivent par vagues, les spectateurs ne veulent pas rater le spectacle qui se déroule en bas, donc ils nous lâchent, regardent la bastonnade dans les arènes, reviennent nous frapper. Sans doute inquiets, l’heure tourne et il faut que la corrida ait lieu,  ils décident soudain de nous évacuer, je suis jetée la tête la première dans les escaliers, bientôt recouverte par les autres militants qui suivent le même chemin. Nous entendons les cris de nos camarades qui se font évacuer également de l’arène. Une haie d’honneur à l’abri des regards et des caméras leur assène de violents coups de pieds au passage…

 

Après les coups

Dehors enfin ! Sonnés, ensanglantés, en pleurs, nous sommes dans une autre dimension, abasourdis par ce qui vient de se passer. Je suis à côté d’une militante blessée, un pompier constate une fracture et, l’air très hostile, lui conseille de se rendre à l’hôpital par ses propres moyens. Puis ils s’en vont….

Certains partent à l’hôpital, d’autres vont reprendre le train, je pars avec mes amies bisontines chez une militante du Gard qui nous invite pour la nuit, choquée comme nous tous par l’extrême violence des événements. Tout le monde a la gorge serrée de n’avoir pu sauver 6 petits taurillons qui attendent la mise à mort dans un camion derrière les arènes.

Nous porterons plainte en rentrant, après constatations des blessures par nos médecins respectifs. 


Les amateurs de corrida ont démontré aujourd’hui tout le respect qu’ils accordent aux êtres vivants, humains et non humains, eux qui se réclament de l’art, de la tradition et de valeurs humanistes.

 

Virginie, octobre 2011


Article de l'Est Républicain, octobre 2011

 Besançon: des militants anti-corrida lynchés 

 

Deux Bisontines racontent le lynchage de militants anti-corrida, dont elles faisaient partie, samedi, dans l’arène de Rodhilan, près de Nîmes.

 

Elles ne « s’attendaient pas à être invitées pour l’apéritif » mais, « de là, à se faire littéralement lyncher… »

Mathilde, Virginie, Sandra et Aurélie, un groupe de militantes bisontines de la cause animale, sont revenues toutes cabossées de leur visite aux arènes de Rodhilan (Gard), samedi dernier.

 

« Ils se sont défoulés »

Le principe de l’action de protestation contre la finale de « Graine de torero », une corrida qui oppose « des adolescents face à des veaux jusqu’à la mise à mort », avait été lancé sur Facebook, à la façon de ces réseaux informels qui se constituent aujourd’hui, entre membres disponibles de multiples associations. Le jour J, près d’une centaine de militants venus de toute la France et aussi de Belgique se partagent les tâches.

 

Un groupe porteur de banderoles fera diversion dans les gradins tandis que le gros de la troupe sautera dans l’arène pour s’y enchaîner entre eux, à l’aide de gros antivols et de chaînes.

L’événement, probablement éclipsé par les primaires socialistes du lendemain, n’a pas eu une grande portée médiatique. Pourtant, les vidéos qui en rendent compte intégralement sur internet, sont particulièrement édifiantes, pour ne pas dire hallucinantes

 

L’effet de surprise est de courte durée. Tandis que des aficionados arrachent les banderoles en distribuant force claques au passage, une lance à incendie est mise en batterie pour arroser les manifestants au centre de l’arène et, surtout, les coups pleuvent. Coups de poings, coups de pied dans le dos, dans la tête…, la violence se déchaîne indistinctement en l’encontre des hommes comme des femmes. L’une d’elles est d’ailleurs violemment déshabillée, pull puis soutien-gorge arrachés.

« Ils se sont défoulés », soupire Mathilde, dont un pouce et les cervicales gardent le souvenir de la feria. Virginie, qui a été balancée tête la première dans les escaliers de la plaza de toros, ajoute : « Il y a même eu des attouchements. Sandra, qui s’est fait arracher une touffe de cheveux, a été tirée jusqu’à l’extérieur de l’arène à l’aide d’un antivol passé autour du cou. Aurélie a huit jours d’arrêt pour un coccyx fêlé. »

 

Rares sont ceux qui tentent de s’opposer à la curée, et encore moins les policiers municipaux présents. Pourtant, la scène se déroule sous les yeux du sénateur-maire de Nîmes et du premier magistrat de Rodhilan.

 

Lorsque les anti-corridas sont expulsés au bout d’un bon quart d’heure de baston, une haie d’honneur leur inflige encore quelques coups de pied au passage.

La gendarmerie arrive enfin pour mettre fin au trouble à l’ordre public et protéger le bon déroulement de la fête taurine. « Ils ont refusé d’appeler le préfet comme nous le leur demandions et aussi d’enregistrer nos plaintes, tout comme les pompiers ont refusé de prendre en charge une femme qui ne pouvait plus poser le pied par terre. Quant à la Croix-Rouge, ils sont restés les bras croisés… » soulignent les Bisontines.

 

Fred JIMENEZ

 

http://www.estrepublicain.fr/loisirs/2011/10/12/militants-anti-corrida-lynches

 

 

Témoignage, Maubourguet 2014

photo CRAC Europe
photo CRAC Europe

A Maubourguet, en 2014, eurent lieu des événements similaires. Une militante franc-comtoise, Chantal Girot, était présente dans les arènes et n'en est pas sortie indemne. Voici son témoignage.


Le samedi 23 août 2014 à Maubourguet (65) dans les Pyrénées orientales, une action citoyenne était organisée par environ 165 militants pour tenter d’empêcher une novillada programmée ce soir là à 21h. Je m’y suis rendue avec Nathalie, une amie. En arrivant à proximité de l’arène nous avons aperçu des CRS postés un peu partout. Nous avons échappé à une première fouille puis nous avons pénétré dans la cour de l’école pour nous rendre à la billetterie.

En possession de nos billets, nous nous sommes dirigées à l’entrée de l’arène où une fouille au corps était imposée à tous les spectateurs. Je me souviens avoir plaisanté avec les musiciens et les personnes qui se trouvaient autour de moi puis je me suis installée avec Nathalie au premier rang juste en face de nous. Quelques minutes plus tard nous avons décidé de nous déplacer vers une partie de l’arène où le saut nous paraissait plus facile.

Tout à coup les CRS ont surgi dans les gradins et sont venus chercher des militants par petits groupes pour leur demander de les accompagner jusqu’à la sortie.

A 21h à l’ouverture du « spectacle », tandis qu’une partie des militants sautait dans l’arène, d’autres dans les gradins s’enchaînaient aux barrières, sifflaient et criaient leur révolte. Nathalie avait sauté. Pour ma part, je n’ai pas eu le temps. Je la cherchais des yeux dans l’arène, inquiète car je voyais les CRS sortir nos amis brutalement, certains à coups de matraque tout en les gazant pendant que les aficionados les insultaient et les frappaient quand ils passaient devant eux, notamment avec des barres de fer, actes que les CRS cautionnaient. A ce moment j’ai été choquée du comportement anormalement violent des forces de l’ordre envers des militants pacifistes « armés » de sifflets et de fumigènes et j’ai compris qu’ils n’étaient pas là pour rétablir le calme mais pour se faire complices des aficionados.

Tout était confus autour de moi au milieu des fumigènes, des cris, des coups et des gaz lacrymogènes. J’ai tenté de dialoguer avec des spectateurs aficionados qui défendaient leur tradition ou me parlaient des abattoirs ou de la misère des humains. Enfin le discours habituel. J’ai mis un terme à la discussion avant qu’elle ne dégénère. J’ai rejoint des militants qui se trouvaient en butte avec des aficionados très avinés et agressifs. Ils nous invectivaient violemment en nous demandant de les laisser tranquilles pour regarder leur spectacle. Quatre d’entre eux se sont jetés sur un militant pour le tabasser , celui-ci s’est effondré dans les gradins de pierre, il n’arrivait pas à se relever et s’est retrouvé coincé entre deux rangées. Les aficionados s’acharnaient à coups de poings et de pieds sur cette personne à terre, nous étions plusieurs à les empêcher de frapper, dont une majorité de femmes mais en vain. Ils étaient forts et menaçaient de nous frapper aussi . Je me suis reculée et me suis approchée de la barrière. Tout s’est passé très vite, une militante qui était enchaînée m’a prise dans ses bras pour me protéger des CRS qui se précipitaient sur nous et les a suppliés de ne pas nous frapper. Un CRS s’est violemment emparé de mon bras gauche, tirant dessus au point que j’ai eu la sensation qu’il allait l’arracher. J’ai crié et me suis débattue à cause de la douleur. Il a alors lâché mon bras pour me serrer à la gorge, entourant mon cou de ses deux mains. J’ai continué à me débattre, il a retiré sa main gauche, gardant sa main droite autour de mon cou et m’a forcé à avancer sans ménagement vers les escaliers de sortie. En arrivant devant les escaliers, un aficionados l’a interpellé ainsi : « Jette là dans l’ Adour celle-là , au moins elle ne viendra plus nous faire chier »

Le CRS me faisait avancer brutalement et j’ai cru un instant qu’il allait me projeter en bas des escaliers, je me suis agrippée à la rampe car j’ai eu très peur. Il a relâché un peu la pression mais n’a pas relâché mon cou, reprenant également mon bras gauche, et m’a sortie de l’arène pour me conduire au-delà de la barrière de protection, dans la rue, où se trouvaient d’autres militants ainsi qu’un groupe de CRS. Il est resté là avec ses collègues qui nous gazaient à bout portant et à répétitions. J’ai retrouvé Nathalie à ce moment là. Deux voitures de gendarmerie sont arrivées puis un camion blanc de la municipalité. Les CRS ont voulu nous faire dégager la rue, c’est alors que l’un d’entre eux m’a très violemment frappée dans le dos me projetant au sol. Je suis tombée sur le genou gauche, le coup a été si fort que j’ai eu l’impression qu’il avait éclaté. J’étais étourdie, j’ai failli perdre connaissance, incapable de me relever. Le camion blanc avançait dans ma direction , des militants m’entouraient, hurlaient au conducteur de s’arrêter, suppliaient les forces de l’ordre d’intervenir mais ils n’ont pas bougé, ils nous ont dit de nous déplacer plus loin tout en utilisant contre nous leurs bombes lacrymogènes alors que le véhicule arrivait droit sur nous. Nathalie et Françoise m’ont portée pour me mettre à l’abri contre un mur et sont restées près de moi jusqu’à l’arrivée des pompiers. Ceux-ci m’ont installée dans leur fourgon en attendant que l’ambulance de Tarbes vienne me chercher. Les deux jeunes pompiers qui m’ont tenu compagnie pendant ce laps de temps m’ont avoué n’avoir jamais assisté à un tel déferlement de violence. Eux aussi ont été gazés et cela les a profondément choqués que les CRS s’en prennent à eux dont le métier est de sauver des vies. Lorsque l’ambulance de Tarbes est arrivée on m’a transportée sur un brancard en traversant le terrain le long des arènes. Un aficionados s’en est pris à moi : « coupez-lui l’autre jambe ». Des spectateurs du haut de l’arène regardaient ce qui se passait à l’extérieur et semblaient hébétés. Je suis restée à l’hôpital de Tarbes jusqu’à 3h du matin . Mon genou étant trop enflé le médecin urgentiste n’a pas pu faire de diagnostic et je dois attendre l’avis du chirurgien orthopédiste que je consulte la semaine prochaine.

Depuis hier, mes larmes coulent, la pression est retombée et je ne parviens pas à verbaliser les sentiments qui m’animent . Je mesure simplement la misère de la condition humaine dans toute sa dimension. Malgré la douleur nous ne devons pas nous plaindre. Nous avons choisi de courir des risques, de mettre nos vies en danger afin de pouvoir dénoncer les comportements barbares des amateurs de corrida.

Lundi je ne pourrai pas retrouver mes élèves de terminale que je me faisais une joie de revoir. Je devrai peut-être renoncer au projet de les emmener à la Comédie Française en octobre car je ne sais pas combien de temps durera mon arrêt de travail. Mes élèves ont à peu près l’âge des jeunes toreros qui ont massacré les taurillons samedi 23 août 2014 dans l’arène de Maubourguet. Comment peut-on imaginer que des jeunes de cet âge apprennent à torturer et à tuer d’innocents animaux pour le plaisir pervers de spectacles de mise à mort programmée. Depuis samedi une pensée de Blaise Pascal ne cesse de me hanter : « Car enfin qu’est-ce-que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout (…) »

Samedi soir nous étions le milieu, la raison, la sagesse, face au rien, celui de l’expression primaire des aficionados dans notre lutte pour arriver au tout, celui de l’abolition d’une horreur : la corrida.

Chantal Girot.