De la tempérance

Humanimo
Photo La VDN

Des boucheries caillassées, des slogans de guerres et de la haine. Bref, beaucoup de bruit.

En apparence, voici ce qui dépeint le mouvement antispéciste ces temps-ci. Certains s’en sentent soulagés qu’on entende enfin ce vacarme pour les « sans voix » !

Mais à quel prix et pour quel résultat ?

Un prix qui, comme dans certains pays, a tué la cause animale ou l’a laissée au point mort. Accompagnée d’une réputation d’illuminés pour les militants aux yeux des citoyens.

Les animaux ne sont pas sortis de l’auberge avec une défense pareille !

Pourtant, une association comme L214 avait déjà fourni un travail remarquable. Avec des faits incontestables, elle avait réussi à mettre au-devant de la scène la souffrance animale.
Avec des vidéos dans des abattoirs et élevages en tout genre, L214 prouve aussi que l’horreur ne se situe pas que dans l’intensif.
Après cette médiatisation, les militants posent des revendications.
Des revendications touchant certainement le plus carnassier d’entre nous comme l’arrêt de la castration à vif des porcelets, le broyage des poussins, les poulets en batteries, etc.

Maintenant, on peut se poser une question : pourquoi s’en prendre aux bouchers est-il une grosse erreur ?

Mauvais ciblage en premier lieu.
Ces petits artisans vivent dans un monde où manger de la viande est similaire au fait de se brosser les dents le matin. C’est une pratique tout à fait normale pour eux. D’une part, ils s’évertuent à faire leur travail du mieux possible. Ils s’attachent sincèrement à veiller au bien-être de l’animal qu’ils achètent. Aussi bien pour le consommateur que pour l’animal.
Dans le commerce de la viande, ils sont certainement les plus consciencieux.
Par contre, les mac-do et les géants des supermarchés seraient des cibles plus appropriées pour de telles actions. Et sans être méchante, je dirais même que ça serait plus courageux.

Cette façon de faire peut saborder gravement notre combat. Alors que les choses pouvaient déjà évoluer d’une façon que l’on n’imagine même pas.
Et pour s’en rendre compte, il faut en revenir aux revendications de L214.

Imaginons un monde où les porcelets ne seraient plus castrés, avec ou sans anesthésie, la fin des tortures faites aux oiseaux (épointage, broyage, griffes coupées, batteries, hormones, etc.), la mise à mort sans douleur aucune (étourdissement réussi à 100 %, cadence raisonnable, tueurs d’abattoirs qualifiés), et tout ça contrôlé drastiquement.

Pensez-vous vraiment que l’élevage pourra continuer avec ces contraintes ?
Il y de fortes chances que ça soit impossible à tenir pour les professionnels de la viande.
Les gens sont de plus en plus demandeurs de qualité et de bons traitements des animaux. Avec peu de frais, aussi.
Si les professionnels veulent garder leur clientèle, ils seront obligés de revoir complètement leurs façons de faire et ça sera très compliqué pour eux.
La viande sera trop chère à produire et difficile à vendre.

Mais voilà, des gens ont trouvé que ça n’allait pas assez vite.
Je suis la première à le déplorer.
Pour toute cause, atteindre la masse critique est essentiel pour la faire progresser.
Avec L214, les gens commençaient doucement, mais sûrement à se remettre en question.
Cependant, les événements récents risquent d’y mettre un coup d’arrêt.

La loi alimentation à fait un flop pour nos revendications ? C’était évident dans un gouvernement pro business. Mais il fallait ronger son frein et ne pas baisser les bras. Continuer la sensibilisation auprès des grandes structures, des citoyens et des éleveurs.

La cause animale est juste et dans la lignée des grands changements à opérer pour notre siècle, mais il nous faut être fins stratèges et voir les implications de nos actes, car nous n’avons plus le droit à l’erreur.

Armelle Loeillot.