Saint Vit, le calvaire et la mort

Humanimo

Un troupeau de 350 vaches laissées sans soins et sans nourriture depuis des mois à Saint Vit, dans le Doubs, a mobilisé les associations en décembre 2017.

Ce devait être un beau sauvetage, une belle opération solidaire sur laquelle se mobilisaient des dizaines de personnes, ce fut un fiasco, une hécatombe, un massacre à la chaîne. La chambre d’agriculture ne voulait probablement pas laisser des bêtes tomber entre les mains des associations. Des animaux finissant leurs jours, heureux, dans un refuge ? Scandale ! Enfin voyons, les animaux sont destinés à finir en steaks, en boulettes, en minerai, ce sont des outils de travail, des choses, des biens appartenant aux éleveurs, qu’ils les maltraitent ou non. Voilà le message envoyé aux animalistes par la chambre d’agriculture, via le Préfet. Un message amer pour nous tous qui étions là-bas, qui avons vu, qui avons entendu les bêtes meugler, être jetées à la benne comme des ordures, s’enfuir, se faire rattraper et abattre d’un coup de fusil, comme ce jeune veau rebelle…

Rolande, enquêtrice de la Fondation Bardot n’avait pourtant pas ménagé sa peine pour sauver ce troupeau maltraité, affamé à tel point que les vaches mouraient dans la boue, épuisées. La Fondation ayant décidé de prendre en charge tout le cheptel et obtenu l’aval des services vétérinaires, une grande chaîne de solidarité se mit en place pour trouver des places de pension pour 250 animaux, la fièvre catarrhale imposant une quarantaine de 2 mois sur le territoire franc comtois, avant départ vers les refuges de Normandie. Humanimo et quelques citoyens tout simplement humains, se mirent à appeler, écrire, visiter, chercher des accueils pour les naufragées de Saint Vit, notre association activant tous ses réseaux, car il fallait faire vite, très vite ! Mardi 12, tout était OK, calé, les places trouvées, les vaches sauvées. 

Et soudain, incroyable retournement de situation, mercredi 13 le Préfet fait savoir que 200 vaches seront euthanasiées ou partiront à l’abattoir, que 50 animaux seront épargnés et confiés à la Fondation Bardot. Brigitte Bardot appelle alors elle-même le Préfet pour demander la grâce des animaux. Peine perdue. Le passage du président de la chambre d’agriculture à St Vit, son lobbying pour l’abattage et les rumeurs nous avaient bien inquiétés, mais on semblait néanmoins s’acheminer vers une solution heureuse. 

Jeudi 14 décembre est une journée noire pour les animaux, et qui marque à jamais tous ceux qui assistent à cette tuerie. Humanimo, alerté jeudi matin de l’arrivée de bétaillères à l’élevage, prévient via les réseaux sociaux ses bénévoles, les militants de la cause animale et les citoyens sensibles au sort des vaches de Saint Vit, que la presse a largement diffusé.

Toute la journée, le massacre va se dérouler dans un hangar agricole, les bêtes les plus souffrantes, sans possibilité de « valorisation boucherie », étant euthanasiées à la chaîne. Les autres sont chargées dans les camions direction l’abattoir. Un groupe de jeunes militants va bloquer pendant 2h une bétaillère qui tente de sortir de l’exploitation, puis la poursuit jusque devant l’abattoir de Besançon, où a lieu un nouveau blocage. Mais la gendarmerie arrive très rapidement pour déloger les manifestants. Les journalistes de Radio Bip, présentes tout l’après-midi, diffusent en direct cette journée de cauchemar. 20 000 personnes suivent la vidéo live.

 

Le lendemain est un tout autre jour, une tout autre ambiance plane sur ce coin de campagne, néanmoins marqué par les événements de la veille, dont on voit encore les traces. Des flaques de sang sont visibles sur le sol. Mais c’est la délivrance pour 64 rescapées, qui vont partir avec la Fondation Bardot vers une pension du Doubs, en attendant le grand départ vers la Normandie. Christophe Marie, porte-parole de la Fondation, venu spécialement sur place, s’exprimera longuement dans les médias pour dénoncer cet incroyable dénouement, alors que le sauvetage de tout le cheptel avait été acté. 

Le vendredi 15 décembre, Humanimo annonce via un communiqué de presse son intention de porter plainte, pour faire la lumière sur cette effrayante succession de manquements et porter tous les responsables de ce naufrage devant les tribunaux. La plainte contre X est déposée début 2018.

Les vaches rescapées coulent aujourd'hui des jours heureux dans un refuge de la Fondation en Normandie.